Un avril historique pour le Québec : une nouvelle première ministre et un discours différent pour le travailleur étranger
En quelques semaines à peine, le Québec a connu deux changements de leadership aux conséquences directes pour ceux qui travaillent ou envisagent de travailler dans la province. À l’échelle fédérale, Mark Carney, ancien gouverneur de la Banque du Canada et de la Banque d’Angleterre, a accédé au pouvoir en 2025 avec le mandat de rééquilibrer un système d’immigration qui avait connu une croissance rapide. À l’échelle provinciale, François Legault a annoncé sa démission en janvier 2026, après des années de baisse soutenue dans les sondages, et le 12 avril, la Coalition Avenir Québec a élu Christine Fréchette comme nouvelle cheffe et première ministre. Elle a présenté son Conseil des ministres complet le 21 avril. Deux tableaux distincts, mais qui pointent dans la même direction pour les secteurs de la construction et de l’aménagement paysager.
Fréchette arrive avec une posture différente face à l’immigration
Ce qui rend l’arrivée de Christine Fréchette particulièrement significative, ce n’est pas seulement le changement de personne, mais bien le changement de ton. Dans son discours suivant la présentation du Conseil des ministres, elle a déclaré vouloir une approche « plus humaine » envers l’immigration que celle de son prédécesseur, et a annoncé qu’elle rouvrira le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) pour une période de deux ans, dans le respect du seuil de 45 000 immigrants par année. La nouvelle première ministre n’arrive pas sans bagage : avant d’être ministre de l’Économie, elle avait été précisément ministre de l’Immigration sous le gouvernement Legault, ce qui fait d’elle l’une des personnalités les mieux informées du système migratoire québécois. François Bonnardel a pris en charge le portefeuille de l’Immigration dans le Conseil des ministres présenté le 21 avril.
À Ottawa, le cap reste mis sur les secteurs prioritaires
À l’échelle fédérale, la ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Lena Metlege Diab, nommée par Carney en mai 2025, a centré son action sur la stabilisation des niveaux d’admission et le raffinement des voies d’accès à la résidence permanente pour ceux qui travaillent déjà au Canada. Le budget fédéral approuvé par le gouvernement Carney était sans équivoque : les travailleurs agricoles et ceux du secteur de la transformation alimentaire sont exclus des compressions à l’immigration temporaire. La même logique s’applique à la construction, secteur que le gouvernement reconnaît comme étant aux prises avec une pénurie structurelle documentée. La sélectivité a augmenté, mais les voies d’accès pour les profils qualifiés dans les secteurs essentiels demeurent ouvertes.
Ce que ce changement signifie concrètement
Pour un travailleur de la construction ou de l’aménagement paysager qui évalue ses possibilités au Québec, le portrait politique d’avril 2026 offre davantage de signaux positifs que les manchettes ne le laissent entendre. L’arrivée de Fréchette ouvre la porte à un assouplissement de certains processus qui s’étaient fermés ou durcis sous l’ère Legault, à tout le moins en marge. La continuité de figures clés dans des portefeuilles comme les finances et la santé garantit par ailleurs une stabilité institutionnelle. Les missions de recrutement international comme les Journées Québec demeurent actives, et la Délégation générale du Québec au Mexique n’a pas modifié ses opérations. Le changement de gouvernement n’est pas un signal d’alarme : c’est un signal de mouvement, et celui qui comprend dans quelle direction ce mouvement s’opère a une longueur d’avance.
La démographie ne négocie pas avec les agendas politiques
Au-delà des changements de visages et de portefeuilles, il existe une réalité qu’aucun gouvernement ne peut ignorer : le Québec a une population vieillissante, des projets de construction qui n’attendent pas et une industrie de l’aménagement paysager qui redémarre chaque printemps avec la même urgence qu’à l’habitude. Ce besoin structurel en main-d’oeuvre qualifiée ne disparaît pas avec une élection provinciale ni avec un ajustement de politique fédérale. Ce qui change avec les gouvernements, c’est l’environnement réglementaire dans lequel ce besoin est géré, et le comprendre avec précision fait toute la différence entre arriver au bon marché au bon moment, ou arriver avec de l’information dépassée.