Les exigences du français redéfinissent le recrutement international au Québec
Depuis la fin de 2025, une ligne jusqu’alors presque invisible est devenue déterminante dans les processus de recrutement international au Québec : celle de la langue. Avec l’entrée en vigueur de certaines dispositions de la Loi 96, qui a modernisé la Charte de la langue française, le processus de francisation cesse d’être uniquement un cadre culturel ou administratif et s’intègre désormais directement à l’admissibilité de l’ensemble des demandes migratoires, notamment dans le cas des Études d’impact sur le marché du travail (EIMT / LMIA) pour les entreprises comptant 25 employés ou plus. Ce changement n’est pas symbolique. Il est structurel.
De politique linguistique à exigence pour les demandes d’EIMT
Avec l’entrée en vigueur, le 1er juin 2025, des nouvelles exigences imposées par la Charte de la langue française, les entreprises de 25 employés ou plus doivent s’inscrire au processus de francisation supervisé par l’Office québécois de la langue française (OQLF) et démontrer des progrès concrets dans la généralisation de l’usage du français au sein de leur milieu de travail.
Ce cadre, qui pendant des décennies était perçu comme une obligation interne de gestion, prend désormais une nouvelle dimension : sa conformité devient une condition préalable pour accéder à certains mécanismes de recrutement international.
Dans cette perspective, le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI), dans les modifications apportées au Règlement sur l’immigration applicables à partir du 17 décembre 2025, exige que les entreprises de 25 employés ou plus qui présentent une demande d’EIMT pour un poste au Québec démontrent également être inscrites ou conformes au processus de l’OQLF.
En pratique, cette exigence implique de joindre au dossier des documents officiels attestant l’état du processus de francisation de l’entreprise, tels que : une preuve d’inscription, une confirmation d’analyse linguistique, une preuve de mise en œuvre d’un programme de francisation ou un certificat de francisation. L’absence de l’un de ces documents empêchera le traitement de la demande.
Secteurs où l’impact sera immédiat
Dans des secteurs comme la construction et la fabrication, où de nombreuses entreprises de taille moyenne ont régulièrement recours au recrutement international, cette nouvelle exigence introduit un facteur de planification supplémentaire. Il ne suffit plus de démontrer une pénurie de main-d’œuvre ou de respecter les critères salariaux : la conformité linguistique de l’entreprise devient désormais une composante intégrale de la stratégie de recrutement.
Le message institutionnel est clair : l’accès à la main-d’œuvre internationale au Québec est désormais conditionné par la capacité de l’entreprise à fonctionner en français, non seulement en principe, mais également dans la pratique.
Un engagement explicite envers les travailleurs étrangers
Le changement ne concerne pas uniquement l’entreprise en tant que structure. Dans le cadre des nouvelles dispositions adoptées dans le Règlement sur l’immigration, le MIFI exige également que l’employeur s’engage à informer les travailleurs étrangers temporaires des services publics de francisation disponibles au Québec, afin de favoriser leur intégration linguistique.
Des cours gratuits, des formations linguistiques adaptées au milieu de travail et des ressources d’intégration font partie de l’offre gouvernementale qui doit être communiquée dès le début de la relation d’emploi. L’objectif, selon le gouvernement, est de renforcer l’intégration fonctionnelle du travailleur, en assurant sa capacité à comprendre les consignes, à exercer ses droits et à participer pleinement à un environnement professionnel francophone.
Le français comme axe de cohérence migratoire
Sans adopter un ton punitif, le Québec établit un lien direct entre langue, intégration et migration de travail. La francisation cesse d’être un cadre parallèle pour devenir un critère transversal, alignant politique linguistique et politique migratoire dans une même logique de cohérence.
Pour les employeurs, ce changement exige de l’anticipation. Pour le système, il marque un tournant profond : au Québec, le français devient une condition essentielle dans l’analyse des demandes d’immigration, qu’elles soient temporaires ou permanentes.